Françoise Vergier Vu d’en haut (détail), 2022 © Françoise Vergier ADAGP, 2022

Françoise VERGIER
La Déesse d’en bas

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exposition du 21 mai au 2 juillet 2022

vernissage le vendredi 20 mai de 18h à 20h

Biennale internationale design Saint-Étienne

L’Assaut de la menuiserie a le plaisir de présenter La Déesse d’en bas, de Françoise Vergier. Une figure féminine atypique de l’art contemporain français, une artiste engagée, invitée par des institutions tournées vers l’international : le Centre Pompidou dès 1995, le Carré d’art de Nîmes en 2004 ou encore le Musée du quai Branly en 2021, pour l’exposition collective Ex-Africa.

L’exposition réunit une série de nouvelles œuvres inspirées par le territoire stéphanois : une évocation du bassin houiller de la Loire et plus générale de l’histoire de l’extraction du charbon et des vies humaines qui lui sont liées, qu’elles soient de France, d’Afrique du Nord, d’Autriche ou encore de Pologne.

« Les historiens de l’art et de la littérature savent qu’il y a entre l’archaïque et le moderne un rendez-vous secret, non seulement parce que les formes les plus archaïques semblent exercer sur le présent une fascination particulière, mais surtout parce que la clé du moderne est cachée dans l’immémorial et le préhistorique. C’est ainsi que le monde antique se retourne, à la fin, pour se retrouver, vers ses débuts, l’avant-garde, qui s’est égarée dans le temps, recherche le primitif et l’archaïque. C’est en ce sens que l’on peut dire que la voie d’accès au présent a nécessairement la forme d’une archéologie. » 
— Giorgio Agamben, Qu’est-ce que le contemporain ? (Traduit de l’italien par Maxime Rovere), Payot & Rivages, Paris, 2008

Françoise Vergier
Née à Grignan (Drôme) en 1952, elle suit des études d’art à Avignon, au Havre puis à Paris avant de revenir s’installer en Provence. Sculptrice, peintre et dessinatrice très inspirée par le spectacle de la nature, elle donne vie à des corps féminins en mouvement, à des visages aux regards troublants et à des paysages panthéistes. Souvent portée par l’autobiographie, son œuvre se nourrit de mythes archaïques autant que de l’actualité. Présentée au Centre Pompidou dès 1995, son œuvre a fait l’objet d’une rétrospective au Carré d’art de Nîmes en 2004 et de nombreuses expositions personnelles.

Document : 
Livret de l’exposition
Les têtes (les Déesses)
« Il existe un concept très ancien, centré sur la terre. Il est le socle de notre humanité liée à la puissance de la nature, celle du renouveau constant de toute forme de vie. Les humains l’ont divinisé en des temps très anciens par une figure cosmogonique et holistique. Il s’agit d’une force auto-génératrice qui reçut le nom de Grande Déesse, Déesse Mère ou bien Déesse Terre. Elle est une énergie créatrice de principe féminin. Mes “têtes” sont une réactivation de ce concept que je considère comme étant toujours présent dans notre monde.
“La tête” est modelée en terre glaise. Elle est une personnification de cette Déesse, je pourrais même dire qu’elle est une incarnation car sa sculpture est produite par une pensée issue de mon corps et de mon esprit. Elle est une métaphore de l’idée de la sphère, une image écho de la planète terre, de notre propre tête, de nos yeux, du ventre de la femme enceinte, de la lune… elle est support du concept cyclique du temps que la nature offre à notre perception par les jours et les nuits et les saisons qui viennent et repartent sans cesse. Je la pare de perles et autres, souvent peinte à l’émail de paysages drômois ou pas, mais aussi de plages colorées, d’incrustations ou d’incisions dans la matière pas encore sèche. Le visage est parfois le portrait d’une personne de mon entourage ou des parties de plusieurs personnes. La proéminence de la boîte crânienne fait masse, elle devient un support matériel, se charge d’éléments signifiants jusqu’à ce que l’ensemble impose son rayonnement.
Façonnée par mes mains dans un esprit de dévotion envers la nature, je veux magnifier cet état de fait qu’est l’ordre naturel. J’ai la conviction de ne pas avoir le choix, d’être obligée de m’y soumettre, d’en faire partie sans vouloir plier la nature. Lorsque “je monte” une sculpture de tête je pense donc du côté de l’acquiescement envers notre planète. L’enchantement que procure l’arrivée du printemps, l’émerveillement que suscite des paysages grandioses ou banals, l’infini des ciels étoilés, nuageux ou d’un bleu azur, ou bien la crainte que provoque les puissances telluriques, tout est source d’une joie sacrale. L’œuvre que je m’efforce de faire est une prière prononcée vers la belle ordonnance naturelle. Je vis la pratique de l’art comme une expression du sacré. Aujourd’hui, à sa spiritualité s’ajoutent ses dimensions sous-jacentes politique et guerrière. » 
— Françoise Vergier, janvier 2022
« Le poing d’une femme et le poing d’un homme pour une guerre de la résistance. Depuis toujours, il y a des personnes qui ne cèderont pas. C’est ainsi que je peux croire à une humanité, sauvegardée de sa soumission au déclic de l’éveil. Oui, la beauté est toujours en instance, là où le grand jeu de l’imaginaire n’abolit pas le hasard. Aujourd’hui plus encore qu’hier le prix du “non” coûte cher à toute singularité ouverte sur l’ailleurs. Des idées, des pensées, l’art, l’amour n’ont pas de prix. »
— Françoise Vergier, à propos de l’œuvre Oui c’est la guerre pour ce qui n’a pas de prix, 2018