Commissariat Vincent Gobber
Exposition du 16 juin au 13 juillet 2018 L'exposition a rassemblé des sculptures de petites dimensions, à l’échelle du corps. Certaines de ces sculptures existent à l’état de prototype, d’autres sont pleinement abouties. Cet ensemble contrasté met en évidence leur fabrication : les différentes étapes que subissent les sculptures par les passages d’un matériau à un autre. Papier, carton, aluminium brossé ou poli miroir.
Vernaculaire (lat. vernaculus, indigène)
Dans la bouche du créateur de formes, il n’est pas rare d’entendre le mot « atelier ». Emprunté au monde de l’industrie, c’est un mot qui dit tout le sérieux technique et logistique associé à la création artistique. Le fameux « atelier de l’artiste ».
Quoi de plus naturel ?
Ce n’est pas seulement par malice que nous allons effectivement répondre à cette question. Car, en fait, il y a plus naturel. Il y a la maison.
La maison, l’espace domestique, ne désignent pas seulement une notion spatiale, avec ses contraintes, ses limites, des murs, un toit, l’organisation d’un mobilier. La maison est un lieu où l’on fait.
Aussi les sculptures d’Émilie Perotto définissent-elles la possibilité d’un art « fait maison ». Évidemment, cette expression évoque trop la frivolité bonhomme qu’on associe aux tartes et autres confitures de grand- mère. Reformulons ainsi : pour Émilie Perotto, il s’agit de produire une sculpture vernaculaire. « Vernaculaire », un adjectif un peu flou qu’on associe surtout à la langue quand celle- ci est natale. Mais cela ne concerne pas la langue seule. Selon Ivan Illich, « était vernaculaire tout ce qui était confectionné, tissé, élevé à la maison et destiné non à la vente mais à l’usage domestique ». C’est d’après cette vision cosmique qu’il faudrait se saisir de ces sculptures dont les formes sont inspirées du domus, conçues dans et pour le domus, imprégnées du domus et éprouvées par le domus.

À ce titre, il est tentant de comprendre ces sculptures comme des Lares, ces divinités de l’Antiquité particulières à chaque famille et à qui l’on rendait des cultes domestiques. Les Lares sont des esprits vivants, familiers, les bons génies de la maison. Les sculptures sont des chats qui bougent et évoluent dans chaque pièce, présences physiques et magiques à la fois.
La production vernaculaire est celle qui favorise l’harmonie, le sens et l’usage des choses. Elle gomme les divisions du travail ainsi que la séparation des valeurs entre le profane de la maisonnée et le sacré de l’Art. C’est le rappel et la persistance d’un monde où l’art n’existait pas car il n’y avait pas de division entre le geste sacral et le geste quotidien. Ce monde existe toujours : dans l’évidence même de nos vies, il trouve sa pleine singularité quand l’on est chez soi. La maisonnée est à la fois un home sweet home et une unité de production, aussi redoutable et puissante que l’est une usine. D’autant plus puissante qu’elle n’est pas asservie à l’échange marchand et à la production en série. Elle se tourne au contraire vers la pureté de l’usage.
Le vernaculaire, c’est la possibilité d’imaginer le cosmos depuis ce cosmos immédiat et singulier : notre demeure. Le vernaculaire indique le sens simple et primordial de la beauté, et la simplicité de ces quelques mots suffit à le dire : « Il n’existe pas d’endroit semblable à notre maison ».
Frédéric Montfort, 2018
Produit avec le concours de l’Aide à la création de la Ville de Saint-Étienne pour la sculpture en fonte d’aluminium « DOUX »
The exhibition has collected sculptures of small dimensions, at the scale of the body. Some of these sculptures exist as prototypes, others are fully completed. This contrasting set highlights their manufacture: the different stages that the sculptures undergo through the passages from one material to another. Paper, cardboard, brushed aluminum or mirror polished.
Vernacular (lat. vernaculus, native)
In the mouth of the creator of forms, it is not uncommon to hear the word «workshop». Borrowed from the world of industry, it is a word that says all the technical and logistical seriousness associated with artistic creation. The famous «artist’s studio».
What could be more natural?
It’s not just out of malice that we’re actually going to answer that question. It’s actually more natural. There’s the house.
The house, the domestic space, do not designate only a spatial notion, with its constraints, its limits, walls, a roof, the organization of furniture. The house is a place to do.
So the sculptures of Émilie Perotto define the possibility of a «homemade» art. Obviously, this expression evokes too much the frivolity man that is associated with pies and other jams of grandmother. Let us rephrase: for Émilie Perotto, it is a question of producing a vernacular sculpture. “Vernacular”, a somewhat vague adjective that is mainly associated with the language when it is born. But this does not concern the language alone. According to Ivan Illich, «was vernacular all that was made, woven, raised at home and intended not for sale but for domestic use». It is from this cosmic vision that we should seize these sculptures whose forms are inspired by the domus, designed in and for the domus, impregnated with the domus and tested by the domus.
As such, it is tempting to understand these sculptures as Lares, these ancient deities particular to each family and to whom domestic cults were performed. The Lares are living, familiar spirits, the good geniuses of the house. The sculptures are cats that move and evolve in each room, both physical and magical presences.
Vernacular production is that which favours harmony, meaning and use of things. It erases the divisions of work and the separation of values between the profane of the household and the sacred of Art. It is the reminder and the persistence of a world where art did not exist because there was no division between the sacral gesture and the daily gesture. This world still exists: in the very evidence of our lives, it finds its full singularity when we are at home. The household is both a home sweet home and a production unit, as formidable and powerful as a factory. All the more powerful as it is not subject to trading and mass production. Instead, it turns to purity of use.
The vernacular is the possibility of imagining the cosmos from this immediate and singular cosmos: our home. The vernacular indicates the simple and primordial meaning of beauty, and the simplicity of these few words is enough to say it: «There is no similar place in our house».
Frédéric Montfort, 2018
dda-ra.org/perotto_emilie emilieperotto.com







