Réserve naturelle régionale de Tor Caldara, Italie. Photo
Réserve naturelle régionale de Tor Caldara, Italie. Photo © V. Fanuele

Vanessa FANUELE
Chant I

Commissariat
Vincent Gobber
Exposition du 20 mai au 26 juin 2021
« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers. »
– Charles Baudelaire, Correspondances

Tout commence toujours dans une forêt sombre (« cette forêt farouche et âpre », ainsi commence la Divine Comédie ; il en est également question dans le Petit Poucet). Le sol se dérobe sous nos pieds, le monde se brise en mille morceaux. Après tout, nous le savons bien maintenant, les malédictions, ça arrive. Et quelqu’un d’un peu sensible se dira : le monde est donc à recomposer.

Lorsque ce quelqu’un s’appelle Dante, il se propose de nous accompagner de l’enfer au paradis. C’est un voyage possible (qui dure tout de même 14233 vers). Que faire donc, pour nous qui sommes aujourd’hui à nouveau dans cette forêt sombre ? À vrai dire, nous n’en sortirons pas, nous allons devoir rester, nous le savons : nous allons devoir nous familiariser avec l’enfer – ou plutôt : l’enfer va devoir se familiariser avec nous. À celui qui a tout perdu, il lui reste la possibilité d’être Ulysse. L’Art est aussi cette ruse.

Il s’agit donc de mettre à plat cette verticalité menaçante, celle des arbres, celle de la monumentale Divine Comédie – à la lettre, il s’agit de terrasser : mettre à terre. L’enfer nous promet le gouffre, d’habitude nous sommes tenus d’y descendre. Le voilà devenu surfaces de couleurs, un voile léger et flottant de robe. Le chaos est concentré, encerclé. Le regard peut à présent s’y promener, s’y perdre, y chercher de la beauté. Nous pouvons faire correspondre les couleurs, les éclats des éléments, les réponses entre la terre, le feu et le végétal, tenter de déchiffrer une porte des enfers déjà nue et pourtant opaque.

Le travail et l’exposition de Vanessa Fanuele racontent ce que nous cherchons lorsque tout s’effondre : nous cherchons un jardin (les Antiques le nomment paradisus). Autrement dit, un langage approprié au déchiffrement de signes, une « forêt de symboles », un territoire où nous pouvons à notre guise, en toute quiétude ou en toute inquiétude, planter le décor de notre odyssée. Et d’où l’on peut entendre un chant.

Frédéric Montfort, 2021
pour L’Assaut de la menuiserie

« Nature is a temple where living pillars

sometimes let out confused words;

Man passes through forests of symbols

Who watch him with familiar eyes. »

– Charles Baudelaire, Correspondances

Everything always begins in a dark forest (« this fierce and bitter forest », so begins the Divine Comedy; it is also mentioned in Le Petit Poucet). The ground gives way beneath our feet, the world shatters into a thousand pieces. After all, as we now know, curses happen. And someone with a little sensitivity will say to themselves: the world has to be put back together again.

When that someone is called Dante, he offers to accompany us from hell to heaven. It’s a possible journey (and one that lasts 14233 verses). So what are we to do when we find ourselves once again in this dark forest? To tell the truth, we’re not going to get out, we’re going to have to stay, we know it: we’re going to have to familiarize ourselves with hell – or rather: hell is going to have to familiarize itself with us. Those who have lost everything are left with the possibility of being Ulysses. Art is also this ruse.

It’s a question of flattening this threatening verticality, the verticality of the trees, the verticality of the monumental Divine Comedy – literally, it’s a question of terrasser: to put down. Hell promises us the abyss, and we’re usually obliged to descend into it. Here it has become a surface of color, a light, floating veil of dress. Chaos is concentrated, encircled. The eye can now wander, lose itself, search for beauty. We can match the colors, the flashes of the elements, the responses between earth, fire and vegetation, trying to decipher an already naked yet opaque door to the underworld.

Vanessa Fanuele’s work and exhibition tell us what we’re looking for when everything collapses: we’re looking for a garden (the ancients called it paradisus). In other words, a language suitable for deciphering signs, a « forest of symbols », a territory where we can set the scene for our odyssey at our leisure, in peace or in disquiet. And from which we can hear a song.

Frédéric Montfort, 2021

Document : 
Feuille de salle
vanessafanuele.net
galeriepolaris.fr
Avec le soutien de
Centre céramique contemporaine La Borne (18)
Fonderie d’art Fusions (63)